Papa est Mort

S’il fallait être franc, je vous avouerais que j’ai écrit ce texte en prévision d’une défaite ( très prévisible ) des #éléphants à la #CAN2015 .
Mais ils ont gagné, ces salauds !
Alors à la place, j’ai publié Pousser-demarrer.
Mais voilà, il me surcharge. Alors je vous le laisse en esperant qu’une future débacle viendra lui donner une raison…

Sékou : Allo ! Allo ! Karim…Papa est mort encore ! Drogba l’a tué !

Je fis une petite minute de silence, puis un sourire vînt se fixer à un coin de mes lèvres.

« Papa est mort encore… »

Bah, c’est bien fait pour lui finalement !

Les pères devraient plus souvent écouter leurs enfants, bien que ceux-ci, naturellement, soient nés longtemps après eux. Un bon conseil n’a pas d’âge et la vérité se cache souvent derrière une dent de lait.

Papa n’était passionné de rien dans la vraie vie. Il disait que c’était haram d’aimer une personne ou une chose quelle qu’elle soit, plus qu’on aimait Allah.

Et pour donner l’exemple, par un parfait contre-pied, il s’était révélé supporter éclairé des éléphants footballeurs. Ils étaient ses héros, ses pachydermes, ses champions pourtant sans gloire ni trophées.
Enfin si. Le destin un jour d’inattention leur avait concédé un sacre continental.

Je venais d’avoir douze (12) ans et Papa y avait vu une heureuse coïncidence.

-Vieux Brahiman : Tu es béni oooh tu es béni ! Mon fils ! J’ai toujours su que les dieux t’avaient confié une mission ! Tu as douze ans pile aujourd’hui, nous sommes en 1992 et nous sommes champions d’Afriiiiiiique !!!

COTEDIVOIRE_GOUAMENE_1992_080215
Les jeunes ont Copa, les vieux ont Gouaméné : chacun son héro

 

Le pauvre sénile. Il fallait être sacrément perturbé pour trouver un lien entre de tels évènements ; Anthony Baffoe aurait ajusté son tir que ses dieux auraient été désavoué, et la guerre déclarée.

Béni étaient-ils donc, eux, les dieux ; heureux moi, le fils aux douze bougies.

Heureuses également mes belles-mamans. Mes quatre belles-mamans, dont aucune n’eût à être rudoyée ce soir-là pour une peccadille. Papa instaura même une trêve tacite qui ne vola en éclat qu’avec le cinquième échec au BAC de Boukary , mon frère ainé. Sa Mère en garde quelques charmants stigmates.

« Papa est mort encore… »

Car selon Sékou, sept (07) ans et benjamin de la famille Kanaté, papa aurait poussé un grand cri avant de tomber sur le visage ; cela, juste après que Didier Drogba ait raté un tir au but contre les Chipolopolos-boys de Zambie.

Une belle mort donc pour l’âne bâté de supporter qu’il était ; même si j’avais parié qu’il partirait plutôt souffle coupé par un vigoureux coup de rein d’Assita, sa nouvelle « fraichinie ».

Cette gamine lui avait ruiné la tirelire en même temps que la santé ; mais lui, non satisfait, s’accordait une crise d’hystérie toutes les fois que la bande à Kolo Touré entrait en compétition.

httpphoto.imatin.netalbumcaricaturesupporter-super-mazo_228_1414575849.html
httpphoto.imatin.netalbumcaricaturesupporter-super-mazo_228_1414575849.html

 

-Vieux Brahiman : Cette année-là, walaye, on va gagner ! Les marabouts sont clairs dessus !

-Karim : Papa, on est en 2006, voilà douze ans que tes marabouts sont formels et menteurs. Alors je te le demande encore une fois, ménage ta santé. Tu n’es plus tout jeune, tu sais ?
-Vieux Brahima : Laisse ça mon fils, Assita me rajeunit ; Quant à toi, il faut m’acheter une télévision moderne…un écran plasma quoi. Hein ?

J’aimais mon père, je lui obéis. Et depuis, il avait de quoi se branler à chaque plongeons de Barry Copa, mimer les dribles de Gervinho, espérer une accélération de Yaya Touré, crier puis pleurer devant un écran plus grand.

Il m’en avait remercié avec un infarctus budgétivore la CAN d’après. Et celle d’après, et ainsi de suite jusqu’aujourd’hui.

N’est-ce pas lors d’un de mes passages répétés à la PISAM que j’avais fait la rencontre d’Isabelle Kouassi, ma si belle épouse ?

Ce n’était pas la plus belle infirmière de l’étage. Mais elle seule supportait plus d’une journée les caprices de mon père. Je suis tombé sous le charme de ses petits gestes simples, de cette fossette qui s’illuminait en même temps que ses yeux quand elle riait ; et, avouons-le, de cet énorme fessier digne de la reine Pokou.

Si je souriais, c’était donc parce que j’avais vécu la scène de l’hôpital des dizaines de fois déjà. J’avais surtout en tête le modus operandi pour une résurrection post-défaite des éléphants.

-Karim : Allo, Sékou, Papa n’est mort. Dis à N’nan* de lui verser un peu d’eau au visage. J’appelle Isa’ pour qu’elle lui réserve une chambre…il nous a déjà fait le coup à la CAN 2010.

 

*N’nan : Maman en Dioula, une ethnie de Côte d’Ivoire.

 

Votre blog #ChezEuD est nominé aux #EBA2018 .
Les votes des internautes comptent pour le « Coup de cœur du public ».

Alors votez !
https://eba.ci/blog/chez-eud/

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s